Le rapport Notat-Senard

La toute première pierre angulaire de la définition de la raison d’être en entreprise fut le rapport Notat-Senard. C’est dès janvier 2018 que le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, confie à Nicole Notat (Présidente de l’agence VIGEO-EIRIS) et Jean-Dominique Senard (PDG de Michelin) la mission “Entreprise et Intérêt général“, qui aboutira sur le rapport «L’entreprise, objet d’intérêt collectif».

Pourquoi ce rapport ?

Le but de cette mission était de dépoussiérer l’objet et le sens de l’entreprise, qui avaient été établis via le Code Civil en 1804. Or, ce qui apparaissait comme une priorité absolue il y a 200 ans était la toute-puissance de l’ambition financière. Aujourd’hui, la société tend vers d’autres préoccupations. L’accélération de l’économie et l’apparition du turn-over des salariés et des dirigeants d’une entreprise nécessitent plus que jamais que soit définie et conservée une feuille de route concernant le sens de l’entreprise dans le monde d’aujourd’hui.

Le 9 mars 2018, après 3 mois de consultation de divers experts et d’observation des pratiques à l’étranger, Nicole Notat et Jean-Dominique Senard remettent leur rapport éponyme. Le rapport fait état de 14 propositions visant à mettre en place cette transformation de l’entreprise pour évoluer avec les enjeux sociaux et environnementaux contemporains.

Introduire un nouveau sens à l’entreprise

La notion clé du rapport Notat-Senard est de revenir sur l’exclusivité de l’objectif financier de l’entreprise. L’article 1833 du Code Civil définissait la mission d’une société comme celle d’ «être constituée dans l’intérêt commun des associés» (art. 1833) afin de «partager le bénéfice ou profiter de l’économie qui pourra en résulter» (art. 1832).

Bien que ces articles soient toujours valables aujourd’hui, la première proposition du rapport consiste à les compléter pour «officialiser la considération des entreprises (…) pour leurs enjeux sociaux et environnementaux». C’est donc dès ce premier article qu’est introduite la notion de prise en compte d’autres aspects que celui purement financier.

La RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) n’est plus juste un idéal, mais devient le cœur de la réflexion sur la transformation des entreprises. Le rapport propose d’ailleurs de «lier les rémunérations variables des dirigeants à des critères RSE», ou encore d’évaluer le comportement responsable de l’actionnaire. Il est également question d’accompagner le développement de la RSE dans les PME.

Redéfinir les rôles des acteurs

Le rapport Notat-Senard vise par ailleurs à revoir les rôles dans l’entreprise. Là où le Code Civil ne faisait référence qu’à ses actionnaires et sa gouvernance, les auteurs du rapport proposent de remettre au centre de la réflexion les autres parties prenantes de l’entreprise.

Dans notre société actuelle, une entreprise n’est vouée au succès que si elle a derrière elle de fidèles partenaires et collaborateurs. C’était déjà un avantage concurrentiel avant ; cela devient de plus en plus une condition sine qua none de sa pérennité. Or, avec les nouveaux enjeux environnementaux et sociétaux, une entreprise se doit de d’avoir du sens afin d’embarquer toutes ses parties prenantes.

La suprématie des actionnaires passe donc au second plan avec le rapport Notat-Senard, qui propose notamment d’inciter les entreprises à consulter ces parties prenantes dans la définition de leurs bonnes pratiques, via un comité distinct de son Conseil d’Administration.

Les suites du rapport Notat-Senard

Les bases de la transformation de l’entreprise face aux enjeux sociaux et environnementaux sont donc posées à travers le rapport Notat-Senard. Celui-ci fut ainsi utiliser pour travailler sur le projet de loi qui en a découlé : la loi PACTE.