Différence avec raison d’avoir

Pendant les deux cent dernières années, il était convenu que l’objet même d’une entreprise était purement financier. Hormis peut-être les entreprises issues de l’économie sociale et solidaire, qui ont une vocation d’amélioration de l’environnement ou de la société, les autres ne se souciaient jusqu’à présent que d’une chose : gagner de l’argent. Alors à quoi sert une raison d’être quand on a une raison d’avoir ?

Changement d’époque

Au moment de l’établissement du Code Civil en 1804, la question ne se posait guère. Une entreprise était constituée dans l’intérêt commun des associés et actionnaires. Entendons par là : le but de l’entreprise était donc avant tout de courir après la performance économique à tout prix.

La révolution industrielle, les époques successives de croissance, les Trente Glorieuses… Rien n’arrête ou ne remet en question cet objectif.

Mais depuis quelques années, ou décennies maintenant, on observe un virage dans la prise de conscience collective quant aux impacts sur l’environnement et sur la société. Une grande part de ces impacts sont imputés aux entreprises, à qui l’on demande maintenant d’élargir leurs enjeux pour englober ces nouvelles dimensions.

Loi PACTE et raison d’avoir

Le rapport Notat-Senard, suivi de la loi PACTE en mai 2019, sont les deux textes majeurs qui ont mis en lumière la nécessité de se poser la question des enjeux sociaux et environnementaux. C’est ainsi que la loi PACTE modifie l’article 1833 du Code Civil, vieux de plus de 200 ans, pour inclure dans la définition de l’entreprise que celle-ci devra désormais être gérée non seulement dans son intérêt social, mais également en prenant en compte les enjeux sociaux et environnementaux.

L’objet social, et donc financier, reste donc au cœur des préoccupations et objectifs de l’entreprise, mais elle doit désormais veiller également sur l’atteinte d’autres objectifs. La financiarisation à tout prix est de ce fait en déclin, et la raison d’avoir ne suffit plus.

Raison d’être et raison d’avoir, antagonistes ou complémentaires ?

Les entreprises doivent désormais toutes obligatoirement prendre en considération les enjeux environnementaux et sociaux de leur activité. Mais cela ne signifie pas pour autant que celles qui souhaitent aller plus loin en définissant leur raison d’être vont devoir faire une croix sur leur performance économique.

Il s’agit simplement de ne plus seulement se concentrer sur la raison d’avoir, mais bien de compléter cet objectif par des préoccupations environnementales et sociétales. C’est la fin d’une longue ère de financiarisation simple, et le début d’une nouvelle, plus riche, où le qualitatif est tout aussi important que le quantitatif. C’est le meilleur des deux mondes : on ne renie pas le profit et la performance économique ; on les complète en vue du triple objectif People, Planet, Profit.

Les raisons de définir sa raison d’être