Lundi soir, j’écoute

Avan-hier soir, j'ai écouté Emmanuel Macron. Les samedis précédents, j'ai écouté les gilets jaunes. J'ai entendu la même chose : "Je veux". Revendications d'un côté, injonctions de l'autre. Ce qui devrait s'apparenter à un dialogue (la promesse d'Emmanuel Macron n'était-elle pas de "répondre" ?) ne serait-il en réalité qu’un enchaînement de monologues ? 

Le verbe “écouter” a perdu de sa superbe, épuisé par un usage publicitaire outrancier : “Ici, on est à votre écoute” (Banque Assurance). “A l’écoute de vos envies” (Cuisine équipée). J’en passe et des pas meilleurs. Mais au quotidien, on constate aussi cet épuisement. Il suffit de rentrer du travail, de deviser quelques minutes avec un.e conjoint.e résolu.e à raconter sa journée pour se prendre un "Tu ne m'écoutes pas". Ce à quoi on s’entend répondre un "Mais si !" passablement offusqué. Le "Mais si" voulant dire : “J'ai l'oreille tendue vers toi”. Sous-entendu : “Mais si, mais il me tarde de pouvoir te dire à mon tour ce qui m'anime.”

Ecouter, dans un dialogue, signifierait plutôt : “J'accueille ce que tu me dis, j'interroge ce que cela provoque comme émotions, et j'y réagis”. Accompli véritablement, on verrait alors - chose étrange - des conversations prendre la tournure suivante : "Et bien tu m'as convaincu. En effet, c'est bien comme ça qu'il faut regarder le monde, merci !"

Ce dialogue de sourd trouve toute sa faveur au sein de l'entreprise. Voyez plutôt : 

Dirigeant : "Ecoutez-moi ! Comprenez qu'il nous faut changer, accélérer, faire plus, faire mieux."

Employés : "On s'en fout ! On veut plus de salaire, plus de QVT, plus de sens."

Hop, un coup d'injonction / un coup de revendication. Ou plutôt un coup de grande enquête annuelle : “Qu'avez-vous à dire ? Je n'y répondrai jamais...” / un coup de communication assommante “Ecrivons les valeurs sur les murs.”. Vous vous reconnaissez ?

As t-on jamais vu un dirigeant d'entreprise répondre véritablement ? Créer un véritable dialogue ? Si peu. Et pourtant. Pourtant la puissance d'un "Je t'ai écouté. Je ne suis pas d'accord avec toi, cela dit je vais t'expliquer pourquoi." serait tellement plus forte qu'un " Je ne t'écoute pas, ce que tu dis n'as pas d'importance. Pour moi, tu n'existes pas". 

Non ?

Lundi soir, j’écoute

toguna

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