C’est le mien !

Usage vs. Propriété : pourquoi est-on irrationnels ? 

« Nous sommes totalement différents selon qu’il est 8h59 ou 9h02 le lundi matin ». "La phrase est tirée de l’excellent livre du cofondateur de Talentsoft Alexandre Pachulski, Unique(s), paru début octobre. Au-delà du côté poil à gratter d’une telle formule, il est effectivement fascinant de voir à quel point la Commedia della Compagnia influe sur la rationalité de nos décisions. Un exemple manifeste ? Les investissements, pardi.

C’est chez moi, c’est à moi !

S’il existe bien un domaine où la France (tout comme les autres pays latins) se différencie du reste du monde, c’est dans son amour de la propriété. Si l’usage gagne sans cesse du terrain — regardez ce qu’il se passe dans le secteur de la musique — on constate que celui des transports peine à décoller. Autolib, Vélib… Des initiatives non rentables, réservées aux grandes villes et à quelques happy few.

Alors qu’une voiture, nom de nom ! Tout un symbole. Une affirmation de soi. Pour peu qu’on nous donne le choix, on rechigne encore à s’asseoir dans celle d’un autre. Vous avez dit indécrottable ? Encore une fois, il ne s’agit pas ici d’être aveugle à la forte percée opérée par les plateformes collaboratives, mais restons lucides : à l’échelle de la France, c’est encore très, très peu.

Au bureau, méfiance et longueur de temps…

Il en est autrement côté entreprise. Voyez plutôt : l’acquisition d’une technologie requiert non moins de quatre niveaux de validation, dont la finance, la DSI, et parfois des couches de management ridiculement élevées pour le montant considéré.

Pour nous, prestataires, réaliser une vente de 30K€ de service — donc d’usage — se fait en un claquement de doigt. A l’inverse, la vente d’une technologie nouvelle pour le même montant requiert le déploiement de trésors d’inventivité, de la réassurance à la mise en confiance en passant par la danse du ventre.

Pourquoi ? Parce que la réaction à l’échec n’est pas la même. En entreprise, l’échec lié à un mauvais choix de prestation de service « coûte » moins cher qu’une erreur de choix de technologie. Chez toguna également (qui se veut pourtant un modèle de structure agile et moderne), nous nous sentons plus à l’aise à l’idée d’acheter quelques journées de consulting que quelques mois d’abonnement… au même prix.

Non pas que ce soit tellement choquant, si ce n’était que ce sont exactement les mêmes personnes qui, à 8h59, étaient encore convaincus des bienfaits de la propriété, avant de vanter les bienfaits de l’usage à 9h02. Il me semble y voir l’un des innombrables signes de notre capacité à adopter des réflexes de pensée différents selon le contexte, et plus particulièrement ici une forme de schizophrénie dès lors que nous prenons une décision d’investissement personnelle ou pour le compte de l’entreprise.

PS : Certains objecteront que les les technologies se vendent aujourd’hui sous forme d’usage. C’est même la signification de SAAS.

Certes....

Il n’empêche qu’en B2B, - et acheteurs et vendeurs de software le savent bien - le vrai modèle pay as you go reste la plupart du temps beaucoup moins intéressant qu’un engagement solide sur une période donnée. Alors engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient !

Ducasse Paris, dans le cadre du pilotage de sa stratégie d’entreprise, choisit l’application toguna pour libérer le talent collectif

La solution toguna, créée en 2016, a séduit le comité exécutif de la maison Ducasse Paris par l’innovation qu’elle apporte dans les relations managériales au quotidien. L’ensemble des collaborateurs sera invité à réagir, exprimer ses idées, et proposer des solutions concrètes, anonymement et sans distinction hiérarchique, sur différents sujets au cœur de la stratégie d’entreprise. Ainsi Ducasse Paris ouvre-t-il une nouvelle forme de collaboration pour accélérer la circulation des idées et leur mise en œuvre concrète.

Trois livres sur l’intelligence collective qui nous ont marqués (et pourquoi les lire cet été)

Le départ approche, et c’est toujours la même angoisse : que lire, alors même que la pile de livres à peine ouverts cette année menace de s’effondrer ? Au lieu de se donner bonne conscience en embarquant avec soi les “Cinq bibles du management” ou les “Dix livres de chevet d’Elon Musk”, nous avons eu envie de partager ici trois titres qui parlent d’intelligence collective autrement.

1.  Je sais que tu sais qu’il sait

Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans arme ? Srdja Popovic

C’est la question à 10 millions de dollars posée par le Serbe Srdja Popovic — leader du mouvement Otpor ! qui réussit à faire tomber le régime de Slobodan Milosevic. La réponse est simple : voir l’humour comme une arme de mobilisation massive.

Tout le monde est d’accord pour « construire le futur », « rêver demain », etc. Mais après ? Une fois passée l’envie de se prendre pour un héros des temps modernes, il ne reste plus grand chose. L’étincelle d’une mobilisation collective part souvent d’un détail du quotidien. A travers plusieurs cas concrets, Popovic démontre la puissance du « je, tu, il, nous, pensent la même chose » dans l’émergence d’une vision partagée.

2.  Ce qui se cache derrière le désir du collectif

Un mime nommé désir, Jean-Michel Oughourlian

Excellente introduction à la pensée de René Girard — homme fantastique qui a selon nous révolutionné la façon de penser les dynamiques du collectif — ce livre injustement méconnu nous aide à réaliser comment l’intelligence collective reposait sur un principe de “mimésis universelle”, en démontrant que « l’homme désire toujours selon le désir de l’autre. ».

Un éclairage majeur sur ce phénomène incroyable de communion autour des mêmes croyances et règles de vie (dont on trouve l’exemple dans les grandes messes religieuses, sportives ou sociales) qui nous permettent de mieux maîtriser les liens qui régissent et régulent nos rapports.

3. Quand le sens l’emporte sur l’argent

Swarmwise, Rick Falkvinge

Your most valuable asset isn’t your employees. Your most valuable asset is the thousands of people who want to work for you for free, and you don’t let them.”

Tout est dit. Souhaiter être un leader, c’est vouloir susciter l’engagement. Dans cet ouvrage signé par l’un des penseurs les plus influents de ces dernières années en matière de mobilisation collective, Rick Falkvinge démontre empiriquement qu’une bonne cause peut engager une légion de bénévoles, au sein et en dehors d’une organisation, grâce à la technique de « l’intelligence en essaim ». Un pied de nez à ceux qui pensent encore que tout se règle par chèque.

L’intégralité du livre pdf à lire ici.

Bonnes vacances !

Bons Biaisés

Ketchup ou mayo ? Derrière ce choix cornélien, ce questionnement quasi existentiel, ce grand moment d’introspection qui fauche l’individu innocent à l’approche d’une baraque à frites se cache une ligne de fracture capable de déclencher une guerre — du moins chez nos amis les Belges.

Si vous êtes un inconditionnel de la sauce tomate, toute personne jetant son dévolu sur la sauce adverse apparaîtra immédiatement à vos yeux comme un renégat, et avec lui tout ceux qui oseront faire le même choix. Vous ne vous voyez pas où l’on veut en venir ? Patience.

Prenons un autre exemple. Si l’on vous dit « Steve Jobs ». Vous allez immédiatement penser « génie ». Tout simplement parce qu’à marque formidable, concepteur formidable, un point c’est tout. Mais soyons plus concrets. Si l’on vous demande maintenant d’imaginer un homme à lunettes, il y a de fortes chances pour que vous le dotiez d’un degré d’intelligence supérieur à la moyenne. Absurde ? Pas tant que ça.

Ce mécanisme de généralisation, également connu sous le vocable de « biais cognitif », répond au doux nom « d’effet de halo ». Il est beaucoup plus courant qu’on ne le pense, et le pire, c’est qu’il n’est pas tout seul. Car lunettes ou pas, non seulement nous serions tous myopes, mais incapables de voir notre propre myopie.

Un réglage visuel s’impose.

Halo j’écoute ?

Avant d’aller plus loin, petite leçon d’anatomie. Gageons que notre enveloppe corporelle renferme 65% d’eau. Mettons 55% d'eau et 10% d'un mélange bière/pastis en ce lendemain de liesse collective...On ne vous apprend rien à ce stade, mais attendez la suite. Supposons maintenant que notre modeste encéphale soit composée à 60%…de biais cognitifs. Sans même avoir à ouvrir un manuel de neurosciences, il y a fort à parier que nous ne soyons pas très loin de la réalité. Pire, l’une des caractéristiques majeures de ces mécanismes diaboliques, ce serait justement d’être persuadé ne pas en être victime. Et pourtant…

Revenons sur l’effet de halo. Cet homme porte une cravate ? Sans doute un type sérieux ! Ce représentant de la communauté Ploumploum est génial ? Il doit en être de même pour tous ceux qui le suivent. Et ainsi de suite. Dans une étude réalisée en 1975, Clifford a pu démontrer que les enfants pouvaient être jugés plus intelligents par leurs enseignants sur la simple base de leur attrait physique, tandis que Harris & Bochner attesteront plus tard que le simple port de lunettes augmentait significativement la perception de l’intelligence.

Ainsi, la plupart des faits auxquels nous serions confrontés chaque jour au sein de l’entreprise ne seraient donc pas si réels qu’on veut bien le croire, dans la mesure où nos réactions s’ajusteraient en permanence à la façon dont nous interprétons les choses a priori, et non en fonction de critères objectifs. Allons bon.

La tyrannie de la première impression

Loin de nous l’idée d’enfoncer le clou, mais aussi effrayant que cela puisse paraître, cette

« tyrannie de la première impression » affecterait ainsi la quasi-totalité de nos jugements de valeur, qu’ils soient positifs ou négatifs. Car à l’effet de halo vient parfois s’ajouter un second biais cognitif, connu sous le nom « d’oubli de fréquence de base ». A savoir le fait d’oublier d’imaginer à quelle fréquence se produit un événement dont on cherche à estimer la probabilité.

On vous sent sur le point d’abandonner. Encore un concept à la mords-moi le nœud ? Ne crions pas avant d’avoir mal, et sautons à pieds joints dans le concret : il est 8h du matin, vous arpentez les escalators de la Défense, et apercevez un homme en costume cravate en train de lire Les Echos. Avez-vous affaire au Président d’une grande société de conseil ou à un vendeur en magasin ?

Contre toute attente, la bonne réponse est la seconde. Car en partant du principe que l’on dénombre 30 000 vendeurs en magasin à Paris dont 1 sur 100 porte une cravate et lit Les Echos, cela fait tout de même 300 chances de rencontrer l’un d’entre eux. A l’inverse, si l’on considère que la capitale ne compte que 20 Présidents de société de conseil, dont 19 correspondent à la description susmentionnée, voilà le nombre d’occurrences porté à 319, mais avec la probabilité qu’il s’agisse d’un vendeur en magasin de… 94% ! Vertigineux, n’est-ce pas ? On vous laisse imaginer le nombre de fois où nous sommes tombés dans le panneau.

Tout n’est pas perdu

Mais tout n’est pas perdu. Comme le démontre le docteur en psychologie Michael Pichat dans l’excellent ouvrage Changer et coacher avec les matrices cognitives, c’est notre rigidité mentale qui nous induit en erreur, et nous rend esclaves de nos propres croyances. Il suffirait donc d’adopter une approche plus pragmatique, et paradoxalement plus « premier degré » des choses qui nous entourent. Car finalement, la question n’est pas tant de savoir si nos croyances sont vraies ou fausses, mais plutôt d’éviter les plus contre-productives, celles qui génèrent angoisse et précipitation, histoire de sortir enfin du camp des mal biaisés !

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libérons le talent collectif